Jerem Runner

Comment anticiper la gestion de l'abandon ?

Comment anticiper la gestion de l’abandon ?

Alors que ma participation approche à grand pas, c’est-à-dire un peu plus de 24h au moment où ces lignes se publient sur le blog, je me dis que je n’ai parlé avec vous d’un sujet hautement important dans notre pratique des sports d’endurance… L’abandon ! De plus, cet article participe à l’évènement « Gérer l’abandon » du blog Courir un trail.

Qu’est-ce qui peut-nous pousser à abandonner après plusieurs mois de préparation ? Comment nous préparer ? Comment anticiper l’après ? Nous sommes tous différents face à ce sujet. Il n’y a pas vraiment de solution miracle pour « bien vivre » un abandon. Même avec la meilleure préparation mentale sur ce sujet, il est difficile d’anticiper entièrement notre réaction. Il y a ceux qui ne l’envisagent pas du tout et il y a ceux qui s’y préparent un minimum.

Pour illustrer ces propos, rien de mieux que de vous donner des témoignages en plus de mon approche. J’ai tout d’abord demandé à mon ami Matthieu Mayence (triathlète) de m’expliquer comment il vivrait un abandon et comment il s’y prépare. Pour ensuite vous expliquer comment j’imagine l’éventualité d’un abandon, ce que cela représente à mes yeux.

Matthieu Mayence, Aix-en-Provence, triathlète

« La blessure, la fatigue, la peur... plusieurs raisons qui poussent parfois à abandonner.

Au cours de différentes courses, il arrive qu'un moment donné les conditions font que l'abandon me traverse l'esprit.

Ce qui est difficile car on se dit : « Je me suis entrainé pour ça, tout se passait bien durant les entrainements je ne comprends pas. »

On n’est jamais prêt à abandonner, mais parfois il est préférable de le faire notamment en cas de blessure ou d'épuisement physique.

Le plus difficile c'est le post abandon, on retourne tout ça dans notre tête et on refait la course, on se dit si j'avais fait ça... Mais malheureusement, on ne peut pas revenir en arrière. Je reste souvent 1-2 jours ou je suis dans le négatif, après je me boost pour en sortir et passer à autre chose.

Car au fond, je me dis qu’après ces 2 jours dans le dur, c'est une course parmi d'autres et les échecs nous permettent de grandir.

Je vous l'accorde, certains échecs sont plus ou moins difficiles à gérer même. On est des machines de guerre, mais parfois le corps lâche.

Une fois remis sur pied, je me focalise sur mon prochain objectif ! Et la bonne humeur revient. »

Jerem Runner, Strasbourg, traileur

D’un point de vue personnel, j’imagine l’abandon comme une forme d’apprentissage. Un apprentissage sur ce qui nous pousse à prendre cette décision. Et qui sait, un apprentissage de la vie également. J’emploi bien l’imagination car je n’ai pas encore vécu l’abandon.

Je pense qu’il ne faut pas se laisser morfondre une fois la décision prise et qu’il faut se préparer à l’avance aux différentes possibilités d’abandon. Car il y a bien entendu plusieurs possibilités pour nous pousser à couper notre effort, rendre notre dossard et passer à autre chose.

Pour prendre une telle décision, il faut être serein avec soi-même, ses convictions et sa pratique du trail ou de tous autres sports. Il faut savoir admettre ses propres limites et savoir quand on est en mesure de les dépasser ou non. Et pour cela, il faut avoir une pratique dans le respect de notre corps. Construire intelligemment ces entraînements et préparation de course en prenant en compte les phases de repos, c’est donner toutes les armes à notre corps pour être présent le jour J. Et si on pratique comme cela, la tête suivra forcément.

Alors oui, pour la tête, il y a des facteurs externes au sport qui peuvent intervenir comme des évènements dans votre vie privé. Dans cette situation, mieux vaut vraiment s’écouter et ne pas essayer de cacher nos problèmes dans le sport. Car quand le corps et l’esprit se rencontre. Tout peut s’effondre du jour au lendemain. Et si cela arrive en course, c’est l’abandon assuré sans s’y être préparé.

Mais d’une manière général, si vous pratiquer dans le respect de vous-même, vous avez envie de pratiquer votre sport le plus longtemps possible. Vous ne mettrez donc pas cette envie en péril en tentant d’aller jusqu’au bout en prenant des risques ou en trainant une blessure jusque la ligne d’arrivée. Je pense qu’il est préférable d’arrêter sur blessure au lieu de vouloir à tout prix finir en serrant les dents. Ne vaut-il mieux pas être en repos 2 semaines que de subir les conséquences d’une blessure aggravé par une attitude jusqu’au-boutiste ?

Ce raisonnement est précisément le mien depuis 2015 et ma blessure au dos qui m’a immobilisé 5-6 mois. A vouloir en demander trop à mon corps, c’est lui qui m’a dit stop.

Après, quand c’est un abandon pour autre chose qu’une blessure, il faut aller plus loin dans la réflexion. En plus du fait d’accepter pour les raisons ci-dessus, il faut réfléchir au pourquoi avant de se lancer sur un nouvel objectif. Il faut tout d’abord réfléchir au pourquoi sur le jour J et les jours qui précèdent. Ai-je changé quelque chose à mes habitudes ? Le sommeil ? La nourriture ? Puis dans un second temps, je pense qu’il faut aussi revenir sur sa préparation (s’il y en a eu une…). C’est là où l’abandon prend une forme d’apprentissage.

Il ne faut pas hésiter à se faire accompagner dans l’analyse, surtout pour ceux qui s’entraîne en club ou qui se font coacher. Mais il peut être possible qu’aucunes explications n’existent. Et dans ce cas, il faut se dire que ce n’était tout simplement notre jour et qu’il y aura plein d’autres occasions de s’épanouir dans notre sport.

Pour terminer, je suis d’accord sur le fait que l’on puisse perdre un peu confiance en nous, même  en prenant les devants sur la possibilité d’abandon. Personnellement, je pense que je m’orienterai vers une course bien plus petite par rapport à l’effort que je viens de faire plus ou moins rapidement (sauf dans le cas d’une blessure). Pourquoi ? Pour m’aider à reprendre confiance rapidement en moi et en mes capacités de traileur.

Voilà, je pense avoir tout dit sur ma conception de l’abandon, sur mon approche de l’apprentissage de ce moment parfois difficile.  J’espère, au travers de ces lignes, vous avoir apporté quelque chose pour mieux aborder ce dur moment ou que vous vous êtes reconnu dans certains points. Le témoignage de Matthieu est intéressant sur son approche. Mais avant de vous laisser définitivement vaquer à vos occupations, je vous laisse sur ces derniers mots. Le témoignage poignant de Céline contrainte à l’abandon lors de la dernière édition du trail des Passerelles.

Céline Keith, Saverne, traileuse

« En prenant le départ du trail des passerelles, je savais que j’avais une chance sur deux de devoir abandonner dû à ma déchirure aggravé lors de mon 90 km du trail des vallées des lacs ... Lors des 4 premiers kilomètres, je n’ai ressenti aucune douleur et cela me procura une joie immense ! Je me dis : « Cool ! Je suis guérie ! Enfin ! » Mais dès le 6ème kilomètre, dans une montée, mon point refait surface...

Etant de nature optimiste, je me dis que c’est juste une petite douleur dû au manque d’entraînement car je n’ai aucune douleur sur le plat. Je me dis que ça va passer mais à la seconde montée la douleur plus forte. Puis lors de la descente qui suit, la douleur me lâche plus... Là, je sais qu’il faut que je prenne LA décision, celle d’abandonner…

Une petite voix me dit de continuer, une autre qu’il faut arrêter !!! Dur, très dur la dernière montée vers le ravito du 10ème km… C’est à cet endroit où je sais qu’il faudra que je m’arrête… Les larmes coulent. Pourquoi ? Pourquoi est-ce aussi dur ? Dur de prendre cette décision alors que j’étais persuadé d’y être préparée... Il faut croire que devant le fait accomplie nous ne sommes pas prêt... Pourquoi ? Difficile d’expliquer pourquoi notre esprit n’accepte pas... est-ce l’esprit de combativité ? Est-ce notre fierté ? Je ne serais vous dire...

Arrivée au ravito, mes potes me demandent si ça va. Et là je m’effondre en larmes. Je n’arrive pas à poser les mots…  C’est un déchirement... Mes potes me font un câlin collectif... Merci à eux, j’en avais besoin... Quand  je les vois repartir, es larmes coulent encore dégoûtée... Le médecin sur place à qui je montre mon échographie me dit que j’ai très bien fait... J’appelle mon coach qui me réconforte et me dit également y que j’ai bien fait de prendre cette décision et qu’il fallait du courage pour la prendre. Ça fait du bien à entendre  mais malgré tout, je me sens vide...

Un goût d’inachevé… J’attends mes potes près de l’arrivée... Le fait de voir passer les autres concurrents, je me projeté en me disant que cela aurait pu être moi ... Mes potes m’envoies des photos et petit SMS tout le long du trail. Ça m’a fait un bien fou... Un à un mes potes arrivent. Je suis contente pour eux... Heureusement qu’ils étaient là, leurs soutient était vraiment nécessaire... Les messages sur Facebook de mes proches aussi.

Avec du recul, je sais que j’ai pris la bonne décision... Mais malgré cela, je ne suis vraiment pas sûr de mieux  vivre cette prise de décision si cela devait se reproduire... Je croise les doigts de ne jamais revivre cela… »

A bientôt.

Jerem Runner

 

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