Jerem Runner

Deuxième étape de ma saison, le trail du Pays Welche

Le trail du Pays Welche… J’attendais cette date avec impatience car je l’ai toujours considéré comme un grand test à un peu moins de 2 mois pour le trail du Haut-Koenigsbourg. Et bien que mes dernières semaines d’entraînement furent pauvres, le résultat est plus que positif à l’issu des 50 km autour de Orbey (chez les haut-rhinois…).

 

Le réveil fut difficile en ce dimanche 8 juillet 2018. Pourquoi ? Car ce n’est pas tout le monde qui met un réveil un dimanche matin, et encore moins à 4h15 pour aller courir plusieurs heures en montagne après une petite heure de route… Mais j’adore ce moment, c’est dès ce moment où l’on est déjà dans l’ambiance de la course à laquelle nous allons participer. Le temps du petit déjeuner et de la route, ce sont des moments où j’en profite pour faire le vide, ne penser à rien qui peut concerner le trail que je vais effectuer et la course à pied.

 

Etant donné que je suis arrivé plutôt tôt, j’ai la chance de pouvoir poser la voiture au plus prêt de la zone de départ/arrivée. J’en profite donc pour aller récupérer mon dossard tranquillement qui est le numéro 7 (décidément, après le numéro 5 du Taennchel). Puis je retrouve Sébastien, un membre du groupe Trail Run Alsace que j’ai déjà pu rencontrer sur des sorties en groupe. Le hasard veut que nous nous soyons garés l’un à côté de l’autre. Alors, tout en discutant, nous nous préparons tranquillement en parlant de la course à laquelle nous allons participer, du profil, de la météo et de nos objectifs. Nous discuterons pendant toute l’heure précédent le départ avant de nous séparer à l’issue du briefing de course (nos objectifs sont bien différents).

Photo de Sébastien Knittel

Tout le petit groupe avance jusqu’à la ligne de départ matérialisé dans l’imaginaire des organisateurs et des participants par une grille grand ouvert. Nous sommes un peu plus de 200 et l’ambiance est chaleureuse avant le départ. Puis nous faisons tous ensemble le décompte des dix dernières secondes avant de partir pour l’aventure.

 

Ca part moins vite qu’il y a un mois à Ribeauvillé sur le Taennchel, et heureusement car on ne part pas du tout pour le même profil. Aujourd’hui nous partons pour quatre grosses ascensions. Donc une de 500m de dénivelé positif dès le départ après avoir traversé Orbey.

 

Comme à mon habitude, c’est sur la première ascension que je prends mes repères, que je trouve mon rythme et j’observe tous les coureurs qui m’entoure le temps que chacun se place dans le groupe pour être le plus à l’aise possible. J’en dépasse donc quelques un et quelques autres me dépassent également avant que la situation se stabilise rapidement. En étant partie quasiment devant, je me rends compte rapidement que ceux qui m'entoure vont être ceux que je vais croise régulièrement pendant les 50 km. En effet, rapidement de gros écart se sont fait avec le reste du peloton.

 

Cette première ascension met vraiment dans l’ambiance avec des passages en forêt et d’autres à découvert où l’on comprend bien qu’il va faire chaud aujourd’hui. Au cours de cette première ascension chacun est un peu dans sa bulle, personne ne parle vraiment…  Avec un départ à 7h30, tous ne sont peut-être pas encore bien réveillé, je fais donc mon petit bonhomme de chemin tranquillement dans la foulée de la première féminine avant de la doubler.

A la fin de cette première longue ascension, je me dis que la course risque d’être dur physiquement après un mois de juin quasi sans entraînements. Mais je ne me focalise pas sur ce détail pour ne pas avoir d’idée négative et je m’élance dans la première longue descente avec pas mal de passage en single. Je me régale dans cette portion, certains coureurs me précédant s’écarte même dans le single pour que je puisse passer car la descente est encore longue. J’ai dû reprendre 4, 5 ou 6 coureurs dans la descente. De quoi bien se booster avant les 3 prochaines ascensions !

Photo de Sébastien Knittel

Dans mes souvenirs, il doit y avoir un point eau avant d’attaquer la 2ème ascension mais je ne me souviens plus exactement. Ni même des autres d’ailleurs. Je me souviens juste que les ravitaillements sont au 20ème et au 40ème kilomètre.

Je garde donc mon petit rythme d’alternance marche-course en fonction des pourcentages d’inclinaisons. Je n’ai pas le niveau pour courir de bas en haut par ici et je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup qui court également entièrement. Quelques mots commencent à sortir entre courir pour s’encourager ou tout simplement pour discuter quelques instants en bonne compagnie. C’est d’ailleurs ici que je croise pour la première fois le dossard numéro 13, Emmanuel, avec qui nous échangeons juste quelques mots.

Mes sensations de mauvaises jambes à cause d’une absence d’entraînements sont bien effacées de ma tête. Je ne peux que penser positif en observant le cadre dans lequel nous évoluons aujourd’hui avec une super organisation. Un superbe balisage et des points eau supplémentaire pour pouvoir faire un trail dans les meilleures conditions possible.

S’en suis donc la seconde grosse descente du jour où j’ai dû faire forte impression à Emmanuel que j’ai repris au milieu des pierres. Cette descente, contrairement à la première, est beaucoup plus technique. Et dans un coin de ma tête, je sais que le plus technique reste à venir avec la 3ème ascension après le lac Noir (je me souviens des vidéos que j’ai pu voir). D’ailleurs, c’est à cet instant que nous arrivons au premier ravitaillement avec 20 kilomètres dans les jambes.

Une équipe de bénévole vraiment au top, je n’ai pas eu grand-chose à faire. On m’a pris directement ma gourde pour me la remplir de nouveau pour que je me ravitaille tranquillement. C’est donc sereinement que j’ai pris quelque morceau de saucisson et des verres d’eau plate en attendant que ma gourde TailWind soit de nouveau pleine pour repartir. Et les bénévoles sont attentifs au moindre détail, même à votre prénom sur votre dossard. C’est avec des « Allez Jérémy ! » que je m’élance donc dans la 3ème ascension !

Photo de Sébastien Knittel

On part donc pour environ 250m de dénivelé sur 3-4 kilomètres… mais avec des gros pourcentages. C’est ici que je retrouve Emmanuel avec qui nous échangeons plus que quelques mots en me complimentant sur mes qualités de descendeur. En discutant, on s’aperçoit qu’on a tous les deux le même objectif en septembre et  qu’aujourd’hui c’est notre dernière course préparatoire. Pendant ce temps, nous avançons même à notre petit rythme avant de nous séparer de nouveau. Je le laisse partir un peu devant.

Je savais à l’avance que cette ascension serai technique, mais en fait elle est même digne d’un parcours en haute montagne tellement le terrain est rocheux. Avec un point de vue magnifique, c’est au milieu des randonneurs qu’il faut également se faufiler avant d’utiliser un peu les mains pour passer certains rochers.

Si je n’ai pas accéléré pour rester avec mon compagnon de route, c’est aussi car je sais que ce n’est pas encore trop mon point fort. Alors je garde mon petit rythme pour au final l’apercevoir pas trop loin devant moi une fois en haut. J’ai certainement dû être un peu plus adroit dans les passages très techniques.

Puis dans presque la plus longue des descentes, tout aussi technique que la montée et toujours autant à l’aise, je file loin devant Emmanuel en profitant de mes très bonnes sensations sans en faire trop non plus. Avec toutes ces pierres, ce ne serai pas le moment de se faire une cheville alors  que nous ne sommes qu’à mi-course… Et puis, il ne reste plus que « une grosse patate » comme pouvaient dire certains.

Dans la fin de la descente, le tronçon est commun avec le 24 km. Ca court un peu plus vite, je fais attention à ne pas me faire prendre au piège de la vitesse de ceux qui sont plus frais que moi donc. De plus, je jette un œil de temps en temps à la couleur des dossards et je suis le seul du 50 km depuis un petit moment. Mais étant donné que nous sommes dans des parties très roulantes, normal aussi que personne ne revienne sur moi tout comme je ne revienne sur personne.

Je me pose la question, quand même, si je n’ai pas raté un embranchement au milieu de cette organisation au top jusqu’à ce que je perçoive une discussion sur les distances derrière moi alors que nous sommes désormais dans la 4ème et dernière ascension (ou presque dernière).

Un coureur que je n’avais pas encore vu depuis le début de la course revient sur moi. Il a du faire une plus grosse descente que moi. On échange un peu ensemble, je me cale dans sa foulée puis le laisse filer. Avec ces bâtons, je n’arrive pas à la suivre… Car oui, je n’ai pas de bâton ! Je n’ai toujours pas été convaincu de l’utilisation jusque-là ! Puis en le voyant filer devant moi, j’ai enfin compris que quand la fraicheur n’est plus là, le secret est là pour garder le rythme.

Un peu plus tard, je retrouve Emmanuel puis la première féminine qui me doublent. Ça commence à être dur pour moi, j’ai passé le cap. L’admission de l’absence d’entraînements ayant un impact sur ma performance du jour est bien là ! C’est à partir de ce moment où les doutes commencent à s’installer ainsi que des pensées « négative ».

Alors que je désormais seul sur le parcours du 50 km, mon évasion psychologique fait que je manque un peu de lucidité toujours dans cette 4ème ascension… Je me persuade d’avoir raté un balisage, je fais demi-tour jusqu’à retomber sur un autre coureur au dernier balisage que j’ai cru avoir loupé…

Je reprends donc le bon sens du chemin avec lui, il s’appelle Jérémy d’ailleurs, et nous progressons ensemble. Lui aussi avec des bâtons, je le laisserai tout doucement me distancer avant de me retrouver de nouveau seul face à moi-même.

Mes pensées « négatives » m’envahissent de nouveau et ce sera ainsi plusieurs fois jusque la fin de la course. Ces pensées me font même verser des larmes tout en courant en pensant par où je suis passé ces derniers mois dans ma vie. Mais là, on en arrive à un point où ça me coupe les jambes, j’arrive à courir sur le plat et en descente mais en mettant le cerveau sur off… Et en étant beaucoup moins à l’aise…

Je profite tout de même du paysage avec des pieds qui me chauffent (j’aurai la raison une fois la ligne d’arrivée franchi). Cette ascension est longue avant d’enfin arriver dans la dernière très longue descente vers Orbey.

La course à pied, les sports d’endurance, le trail sont de véritables moments de thérapie et comme dit plus haut je pleure seul au milieu de la nature plusieurs fois. La descente est donc un peu longue et interminable alors qu’en y regardant de plus prêt… j’avais quand même un petit rythme. Un rythme moins important que les descentes précédentes mais un rythme correct.

Je retrouve Emmanuel au point eau qui se situe au kilomètre 37,5. Il repart au moment où j’arrive. Pas du tout au courant de comment se passe ma course depuis le sommet, il me lance un grand « à tout l’heure, tu vas me reprendre dans la descente ! ». Je prends mon temps au point eau avant de repartir pour 3,5 km jusqu’au 2ème ravitaillement où l’on se retrouve exactement dans la même situation.

Je croise d’autres participants en prenant mon temps, un moment bref sur toutes ces heures d’effort. Il me reste 10 km de descentes, ça peut passer vite comme cela peut être long si je ne retrouve pas du poil de la bête.

Je suis en petite foulée dans cette descente que je trouve interminable, la tête n’est plus vraiment là à 100% mais j’arrive à prendre du plaisir dans mes moments où je me sens bien. Comme l’ensemble du parcours, la descente varie entre forêt et prairie, ombre et soleil… Cela fait plus de 5h que je cours et le soleil tape fort. D’ailleurs, la 2ème féminine me double avec son binôme de course et une foulée qui semble légère.

Mon pied chauffe toujours un peu, je ne sais toujours pas pourquoi, mais une fois que je ne suis plus sur des passages techniques, je ne ressens plus ces échauffements.

Photo de Sébastien Knittel

Arrive ensuite un long passage sur route ! C’est horrible avec cette chaleur ! On en rigole même avec un notre participant. Au loin, j’aperçois de nouveau une bifurcation entre le 24 et le 50… Ce passage ne me parle pas, aurai-je oublié un détail de la course avec mes petites pertes de lucidités ? Je crois bien que oui… Une dernière montée très courte mais très pentue pour un ultime point eau à 3,5 km de l’arrivée. Et cette fois-ci, il reste belle et bien que de la descente.

D’ailleurs, j’avais tellement chaud que le point eau d’avant, je me suis présenté les bras grand ouvert devant un bénévole avec un jet d’eau pour être arrosé. Ca a fait tellement de bien !

Dans ces derniers kilomètres de descente, je profite de nouveau de bonnes sensations. Je reprends du plaisir à courir. Dans ma tête, je m’imagine m’effondrer en larme à l’arrivée pour les mêmes raisons que les larmes que j’ai pu avoir pendant la course. Le parcours sort de la forêt, traverse des prairies, puis des bénévoles et de la circulation. M’y voilà, l’arrivée n’est plus très loin ! Quelques marches, une descente derrière l’école d’Orbey (nous y sommes passés au départ) puis passage sous l’école avant de franchir l’arche d’arrivée !

Finalement je ne m’effondre pas en larme comme je me l’étais imaginé. Je suis content d’avoir fini avec un petit sentiment de déception à cause de ces mauvais moments où je n’ai pas réussi à prendre le dessus. Mais tellement content d’avoir fini cette course exigeante en 6h12 ! Et en plus, je retrouve Emmanuel qui me félicite sur la ligne d’arrivée. Il était venu voir si j’arrivée étant donné que je n’étais jamais vraiment très loin deux lui sur les derniers kilomètres.

Faut-il donc tirer un bilan de ma participation au trail du Pays Welche ?

 

Il m’aura fallu quelques heures avant de pouvoir commencer à en tirer quelque chose de cette course. Le temps pour moi de souffler, de prendre un bon repas offert par l’organisation, d’en discuter avec ma compagne et mon ami Matthieu puis de voir le classement une fois affiché (27ème au scratch et 13ème dans la catégorie SEH).

 

Ce que je retiens après 6h12 d’effort, c’est qu’il faut parfois se faire confiance et croire en son instinct. Bien que j’eu des moments difficiles psychologiquement, le physique était bien présent.  Pour une course test avant le Haut-Koenigsbourg, ça met en confiance.

 

Par rapport à la course en elle même, je n’ai rien à changer dans mes habitudes et mon équipement mis à part vraiment réfléchir sur le sujet des bâtons. Mais en fait, j’ai quand même quelque chose à changer dans mon équipement, ce sont mes chaussures. J’adore mes Altra Olympus mais vous ne devinerai jamais pourquoi mes pieds ont chauffé d’un coup pendant la course… En fait, le mesh de mes Altra s’est totalement déchiré sur le côté et mon pied était donc moins bien maintenu…

 

Est-ce que l’on peut vraiment appeler ça un bilan d’après course ? Je ne sais pas. Mais voilà ce qui me vient à l’esprit quand je pense à un bilan sur cette course à 2 mois de mon premier ultra-trail.

 

Mon avis sur cette course ?

 

Le trail du Pays Welche vaut vraiment le coup d’y participer au moins une fois. Le cadre est majestueux et parcours formidable. Technique et parfois roulant, difficile d’y participer sereinement sans préparation, surtout avec des températures comme nous avons eu.

 

L’organisation était également parfaite en ayant ajouté des points eaux supplémentaire sur le parcours. Les bénévoles sont aux petits soins durant tout l’événement. Et balisage était clair et donc difficile de se perdre contrairement à ce que j’ai pu entendre pendant que je prenais mon repas d’après course.

 

Voilà, ça en fait des choses à lire pour vous et à dire pour moi. Et je pense que si je le pouvais, je continuerai encore d’en écrire des choses sur cette course. Mais il faut aussi savoir en garder pour soi pour échanger de vive voix avec celle et ceux que je côtoie. Merci à vous d’avoir tout lu, vous êtes finisher ! Je vous dis à très bientôt pour la suite de ma préparation.

 

Jerem Runner

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