Trail des Moulins - Entre déception et amertume

Publié le par Jerem Runner

Au moment où j'écris ces lignes, il est difficile pour moi de rédiger une petite introduction au récit de mon 50 km du trail des Moulins à Mondeville dans Essonne qui s'est déroulé le 2 juillet 2016. Peut être que d'écrire cela et de me rendre compte de cette difficulté va m'aider à faire passer la pilule de la déception que j'ai vécu, de la colère que j’ai pu avoir et l'amertume qui me ronge depuis le franchissement de la ligne d'arrivée. Vous devez certainement vouloir savoir pourquoi ? Que s'est-il passé ? Je vais essayer d'y répondre avec le cœur et l'esprit ouvert le plus grand possible.

Pour remettre dans le contexte, j’ai décidé de participer au 50 km du trail des Moulins afin de conclure une saison 2015/2016. J’y ai vécu beaucoup d'émotions et essentiellement de la joie. Très peu d'erreurs et de bonnes préparations avec notamment ma participation à la SaintéLyon. Je ne vais donc pas dire que j'avais une attente importante avant de m'y rendre mais j'avais dans l'esprit de bien conclure la saison.

Entrons dans le vif du sujet, ma course !

Après m’être préparé et mangé mon gâteau énergie 1h avant le départ, je m’installe dans la zone de départ avec ma compagne pour écouter les dernières informations données par le speaker. Mais je ne sais pas pourquoi, depuis le réveil, j’ai comme une sensation de stresse et/où d’angoisse. Je ne suis pas bien dans ma peau. Les mots doux et le réconfort de ma compagne n’y change rien et j’essaye de penser à autre chose.

Pour me changer les idées, nous prenons quelques photos avant l’approche de l’heure du départ.

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A 13h55, le speaker nous invite à rejoindre la ligne de départ afin de nous donner deux/trois consignes de sécurité de dernières minutes ainsi que de nous faire patienter après quelques retardataires bloqués dans les bouchons des départs en vacances.

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Puis tout d'un coup, attention pour le départ ! 3, 2, 1 ! Top ! C'est partie !

En étant bien placé sur la ligne de départ, je prends tout de même un départ plus ou moins prudent pour ne pas me faire prendre par la vitesse de ceux qui sont sur le 25 km. Mais il est difficile de faire la différence quand on est sur un départ commun sur un faux plat descendant…

Presque 14 km/h au compteur même en faisant attention, je lève le pied car la route est encore longue jusque la ligne d’arrivée. Puis nous arrivons sur les chemins avec un léger faux plat montant. Mais ici nous sommes au milieu des champs, loin d’être le plus intéressant sur un trail, mais le plus pratique pour bien se situer dans le groupe.

Je cale rapidement ma foulée sur mon rythme de course que j’envisage mais cette sensation de stresse qui avait disparue peu avant le départ est revenu. Elle est bien là et m’empêche de vraiment prendre conscience de mes sensations.

Je reste donc gentiment derrière un athlète de Run & Freedom le temps de retrouver de bonnes sensations. Je n’attendrai pas bien longtemps car dès la première descente, je prends confiance en moi et décide donc de remettre un peu de rythme. Je ferai un peu le yoyo avec cette athlète avant de rester définitivement devant lui.

Stratégiquement et pour que le trail me semble moins long, j’ai bien mémorisé les points kilométriques de chaque ravitaillement afin de découper ma course. Le premier doit marquer la bifurcation entre le 25 km et le 50 km au 13ème kilomètre. Finalement, nous serons bien loin du 13ème kilomètre car nous sommes à moins de 11 km depuis le départ avant que les deux parcours ne se séparent. Le suivant sera au kilomètre 22 et je suis large dans mes réserves, je décide donc de ne pas m’arrêter et de continuer ma route.

Je me retrouve donc ici dans un petit groupe de 4 coureurs dans un secteur plutôt en montagne russe. Nous alternons entre chemin large et single et restons bien concentré sur le balisage. Pourquoi ? Il y en a un 2ème pour une rando VTT qui aura lieu  le lendemain, donc il faut vraiment rester attentif.

Je me sens vraiment bien et je relance toujours peu avant la fin des côtes. Cela me donne le droit de me placer en tête du groupe car je suis le plus à l’aise dans les descentes. Et étant donné que les pourcentages sont plutôt faibles, nous courons tous tout le temps.

Une petite côte un peu plus raide et je décide de marcher. A ce moment, je me rends compte que j’avais creusé un écart et me fait doubler par un de mes anciens compagnons de route. Il m’est difficile toutefois de me situer dans le peloton n’ayant pas eu la visibilité sur les premiers qui se sont élancé sur le 50 km. Mais n’y pensons pas et profitons de l’instant et des bonnes sensations.

Les kilomètres passent et je fais pas mal le yoyo avec les autres jusqu’au second ravitaillement n’est pas au kilomètre 22 mais au 18-19ème kilomètre.

Je prends le temps de m’arrêter pour remplir mon premier bidon qui est vide et me ravitailler en solide (seul ravitaillement solide de la course). Le problème est qu’il n’y a que du sucré et des TUC pour le salé… moi qui comptais sur ce ravitaillement pour casser le sucre et éviter une saturation en course… je comprends donc qu’il va falloir gérer autrement ma course et je mets donc de l’eau pur dans ma gourde.

En repartant, un de mes anciens compagnons de route me dit qu’il n’est pas dedans aujourd’hui et que quand ça ne veut pas, ça ne veut. Je lui dis bon courage et il me souhaite bonne route avant de repartir tout droit dans les champs.

Pour le moment, tout va bien pour moi et je prends vraiment du plaisir contrairement au début de la course. Je file donc, lunettes de soleil sur le nez, à la poursuite de deux prédécesseurs.

Cette partie de la course est vraiment roulante avec quasiment que des faux plats. Ca me rappelle le trail du Josas mais j’essaye de ne pas y penser car j’ai eu beaucoup de mal ce jour-là pour finir la course. Le prochain ravitaillement est au 32ème kilomètre donc il va falloir bien tenir dans cette section.

Je reviens petit à petit sur ceux que j’ai en visuel mais pas suffisamment pour profiter de leurs foulées. En plus je commence à me sentir bizarre à ce moment-là alors que j’approche de la mi-course. La tête qui tourne un peu, je lève le pied pour boire et manger mais je sens que ça a du mal à passer alors que l’on revient dans des tronçons un peu plus vallonné…

Le parcours est vraiment agréable mais je commence à ne plus trop l’apprécié et à en profiter… au milieu des pierres en forêt, il y a de quoi bien s’amuser pourtant.

Quelques dépassements et dans une descente alors que je me cale derrière un autre, je me cogne violemment la tête sur une branche ou un arbre couché (violemment est peut-être un grand mot). Mais en voyant celui devant moi qui ne s’est pas baissé, je n’ai pas pensé qu’il est en fait plus petit que moi. Il s’est même retourné pour me dire pardon car étant petit, il n’a pas pensé à me prévenir (ce n’est pas grave mais avec mon état un peu secondaire j’aurai apprécié qu’il me prévienne).

L’enchaînement des différentes côtes se font vraiment difficilement. Contrairement au début où je courrai tout le temps, ici je marche même dans certains passage sur du plat… En plus, j’ai de plus en plus de mal à me ravitailler. Je n’arrive presque plus à avaler et je sais que même si ça passe, je le payerai physiquement de ne pas pouvoir apporter l’énergie nécessaire pour cet effort.

J’arrive tout de même à courir dans les descentes et fait la dernière partie avant le prochain ravitaillement avec un comparse qui a du mal aussi à ce moment.

En bas d’une descente, nous arrivons presque en même temps au 3ème ravitaillement. Un verre d’eau qui a du mal à passer et un TUC qui passe à moitié. Je rempli rapidement mes gourdes et je ne préfère pas m’attarder du coup. Juste un coup d’œil rapide sur la feuille de pointage pour voir où j’en suis par rapport aux autres (je ne me souviens plus exactement mais je suis dans les 15 premiers).

Quelques chemins et une traversée de route plus tard, j’ai un léger regain d’énergie pendant que mon compagnon de route du 2ème ravitaillement me rejoint avec un autre. Je me cale dans leurs foulées pour me motiver. On croise un bénévole en VTT qui me confirme qu’on est bien dans la première quinzaine mais je lâche prise une fois de nouveau dans les singles et l’enchaînement de côtes. Finalement ça ne vas pas mieux et la route est encore longue.

Personne devant, personne derrière... Je n’ai même pas quelqu’un à qui me raccrocher ou avec qui je peux échanger quelques mots pour me changer les idées. Puis arrive le moment où il faut longer une départemental où j’aperçois un coureur qui s’étire certainement à cause de crampes mais part avant mon arrivée.

De le voir un peu en galère, ça me fait penser que ça fait un moment que je sens des départs de crampes dans les côtes en prenant des gros appuies. Heureusement que je relâche directement à chaque fois pour éviter de souffrir et de m’immobiliser le temps de faire passer la crampe.

Virage à gauche, un coup d’œil derrière, et je vois du monde en petites foulées avant d’attaquer un secteur de pavés au milieu des champs. Peut-être le moment le moins agréable du parcours.

Ceux que j’ai aperçus me doublent tous et je n’aperçois plus celui qui s’étirait sur le bord de la route.

En revenant en forêt, mon compagnon du 3ème ravitaillement me double et je reconnais au loin celui du 2ème avant d’atteindre le ravitaillement du 37ème kilomètre. LE dernier ravitaillement auquel je suis arrivée plus vite que je l’aurai cru.

Je me fais charrier en arrivant avec mon numéro de dossard, le 69 ! Oui, ça ne s’invente pas et même en le faisant exprès, je n’aurai pas réussi à l’avoir. Mais je me sens lessivé en décochant juste un petit sourire de celui qui est à bout de force.

Mes prédécesseurs repartent et moi j’hésite, je les regarde et je finalement je demande si je peux m’assoir un peu. Le petit garçon qui est présent pour ravitailler les coureurs me remplit gentiment mes gourdes et me tend un vers d’eau.

Le temps que je me repose, je me rends compte que personne n’arrive derrière moi. Je demande où j’en suis vraiment dans le peloton et on me dit que je suis 25ème sur une centaine sur le 50 km. Je me dis donc que finalement dans la détresse, je ne suis pas trop mal (on se rassure comme on peut). Et après 10 minutes de pause, je décide donc de repartir plus ou moins rassurer en me disant : « Qui vivra, verra ! ».

100 ou 200 m de route puis virage à droite pour retourner en forêt sur un chemin à peine visible.

Je subis ma foulée et je ne prends vraiment pas de plaisir même si je sais que le plus dur est fait, qu’il me reste une dizaine de kilomètres et quelques difficultés dont une avec du sable apparemment. Mais je me demande quand même si j’ai bien fait de repartir, si je ne ferai pas mieux de faire demi-tour et m’arrêter là.

A la première côte qui arrive, je prends mon téléphone dans mon sac tout en marchant et j’envoie un message à ma compagne qui m’attend en 4h30 sur la ligne d’arrivée. Je suis à un peu de plus de 4h00 d’effort. Je lui dis donc de ne pas s’inquiéter, je vais mettre plus de temps que prévu et qu’il me reste encore 10 km. Je ne m’attendais pas forcément à recevoir une réponse de suite. Mais elle m’encourage, elle me dit de tenir bon et de ne pas lâcher, qu’elle est fier de moi. Ça me donne le sourire et je continue donc mon chemin à mon rythme.

Je marche dans les côtes et je trottine dans les descentes. Je me fais doubler sur le plat et en côtes mais je rattrape en descente… Je ne suis pas trop mal en fait. Mais ça défile petit à petit à côté de moi et on s’encourage, on discute un peu puis nous reprenons notre route.

J’arrive dans le fameux secteur en sable qu’on m’a parlé au dernier ravitaillement. Je slalome entre les pierres et je cherche mes appuis dans le sable en évitant de provoquer une crampe car je sens toujours des débuts de crampes à chaque appui.

Je croise beaucoup de monde par ici dans l’indifférence la plus total sauf quelques-uns qui ont un geste ou un mot pour encourager, nous dire bravo.

Il doit ne doit pas me rester beaucoup de difficulté, je suis vers 42ème kilomètre sur les 47,5 annoncés par Trace de trail. Mais après une petite descente et un petit virage à gauche, je suis face à un cauchemar. Un escalier dont je ne vois pas le bout. Quelques noms d’oiseaux partent dans tous les sens pour me motiver et je me lance marche par marche.

En haut, je continue d’envoyer des messages à ma compagne. Ça me réconforte et ça me motive pour donner jusqu’au bout. Je marche, je cours, je m’assoupli les jambes. En haut d’une côte, une personne âgée est installée là sur sa chaise, une caisse avec des bouteilles d’eau pour les coureurs, m’apprends que maintenant tout est plat jusque l’arrivé et qu’il reste 2,5 km.

Quoi ? Mais je suis à 46 sur ma montre ! Je lui demande s’il est vraiment certain de ce qu’il dit et il confirme. Je bois donc quelques gorgées et je pars entre les maisons avant de me retrouver au milieu des champs.

J’entends au loin la voix du speaker et je reconnais l’endroit car nous y sommes passés au début de la course. Mais malgré le fait que ce soit plat, je marche et je continue de m’assouplir les jambes. Je n’arrive pas à courir 1 minute… Et pour je ne sais quelle raison, un peu comme sur la fin de la SaintéLyon, je me remets à courir jusque la fin.

Quelques spectateurs nous félicitent au milieu des champs, je motive à haute voix, et je cours ! J’ai l’impression de revivre ! J’essaye de voir là il va falloir tourner en observant celui qui me précède au loin. D’un seul coup, je ne le vois plus ! C’est bon, c’est là, j’ai terminé après ce virage à droite.

Un dernier petit single où je relance, j’ai l’impression de courir comme au début de la course. A la sortie du sous-bois j’aperçois ma compagne au loin qi s’est avancé pour me voir arrivé et je lève les bras vers le ciel comme une victoire.

Après m’être grondé, avoir souffert, avoir hésité à abandonner, le plaisir vient effacer tout ça et je suis très heureux de franchir la ligne d’arrivée.

Je tape dans les mains du bénévole présent sur la ligne avec qui je partage mon bonheur pendant qu’une autre me retire le code barre sur mon dossard pour valide mon arrivée. 5h28 à la montre, 1h de plus que ce que j’avais prévu et la déception reviens en moi. Je n’arrive pas vraiment à profiter de cet instant.

Quelques mots avec le speaker au micro pour parler de ma course et je rejoins enfin ma compagne au niveau du léger ravitaillement de fin de course à côté du barbecue géant organisé pour l’occasion.

La déception est bien présente malgré les différentes félicitations et l’amertume me gagne quand je vois comment j’ai couru les 2 derniers kilomètres. Mais voilà, c’est fini !

Voilà, vous savez tout de ma course.

En écrivant ces lignes sur plusieurs jours, ça m’a permis de poser le questionnement et les réponses pour comprendre ce qui a pu m’amener à « rater » ma course. Je ne vais pas rentrer dans le détail, je vous les énumère juste sans ordre d’importance.

  • longue grève de la SNCF qui s’est cumulé à des dégâts lié aux inondations qui a fortement augmenté mon temps de trajet domicile/travail et donc beaucoup de fatigue ;
  • préparation de course en cycle sans réel plan de préparation ;
  • challenge sportif au travail 3 jours avant ;
  • accumulation de fatigue la semaine qui a précédé la course ;
  • très peu d’entraînement pendant le mois de juin.

Il ne faut pas être un expert en sport pour comprendre que ces 5 points ne sont pas favorable à une bonne mise en condition pour faire un trail.

Maintenant je fais place à une « coupure » sportive pour me changer les idées, c'est-à-dire que je vais faire du sport sans notion d’entraînement et d’objectif pendant le mois de juillet. Il y a au programme pas mal de cardio, un peu de natation, du coaching de ma compagne qui débute en course à pied et quelques petits footings.

A bientôt

Jerem Runner

Publié dans Récits

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